La BD canadienne au cœur de Paris

La bande dessinée est présente au Canada depuis fort longtemps, tant sur son versant francophone que du côté anglophone. De très grands artistes du 9e art sont nés au Canada, à l’instar d’Harold Foster (Tarzan, Prince Valiant) ou de Joe Shuster (Superman). Plus près de nous, on peut citer Julie Doucet et Dave Sims dans la veine underground ou, pour le versant super-héroïque, Stuart Immonen et Jeff Lemire.

Cette année, pour la première fois, le SoBD lorgne de l’autre côté de l’Atlantique et propose au public parisien de porter son attention sur la bande dessinée canadienne. À l’occasion de sa 8e édition, ce sont 5 artistes canadiens qui sont attendus au cœur de Paris, ainsi que 4 chercheurs ayant porté leurs études sur la bande dessinée.

Ils nous parleront de la bande dessinée canadienne dans les 4 rencontres du Cycle étranger, tandis qu’une sélection des œuvres des artistes invités sera présentée dans l’exposition Bande dessinée canadienne contemporaine. Enfin, la production de plusieurs maisons d’édition canadiennes de bande dessinée pourra être consultée pendant toute la durée du SoBD.

Portrait de Chester Brown par Sook-Yin Lee

Chester Brown par Sook-Yin Lee

Chester Brown est né en 1960 à Montréal, au Canada. Bien qu’ayant grandi dans une province canadienne à majorité francophone, et contrairement à ce que pourrait laisser penser la biographie de Louis Riel qu’il a réalisée en bande dessinée, Brown ne parle pas français et a créé l’ensemble de son œuvre en anglais. Initialement attiré par le comic book de super-héros, Chester Brown se tourne dans les années quatre-vingt vers la bande dessinée indépendante et rejoint la scène small press de Toronto où il s’est installé. C’est aussi à Toronto qu’il se lie avec Seth et Joe Matt, deux autres artistes pratiquant l’autobiographie. Le travail de Brown est remarquable sur plus d’un point : sa pratique artistique est marquée d’un questionnement profond, l’entraînant sur les sentiers d’une autobiographie n’hésitant pas à interroger le sentiment amoureux et la sexualité (Je ne t’ai jamais aimé, 23 Prostituées), mais engageant aussi de longues considérations politiques et religieuses (Marie pleurait sur les pieds de Jésus).

Chester BrownDessinateur canadien
Nina Bunjevac par Alain François

Portrait par Alain François

Née au Canada, Nina Bunjevac grandit en Yougoslavie, où elle débute son éducation artistique. Au moment des premiers conflits, au début des années 1990, elle retourne au Canada et y poursuit ses études dans le domaine du graphisme. Après une décennie consacrée aux beaux-arts, elle se découvre une passion pour les arts narratifs, pour finalement retrouver sa passion d’enfance, la bande dessinée. Les bandes dessinées de Nina ont été publiées au Canada et à l’étranger dans de nombreuses revues et anthologies, comme The National Post, Le Monde diplomatique, ArtReview et Best American Comics. En 2013, son premier livre, Heartless, remporte le prix Doug-Wright dans la catégorie « Révélations ». Son deuxième livre, Fatherland (2015), reçoit les éloges de la critique internationale et se voit décerner le prix Doug-Wright du meilleur livre. En France, Fatherland figure également dans les sélections finales du Prix littéraire de la région PACA et du prix Artemisia.

Nina Bunjevac
Portrait de Julie Delporte

Julie Delporte

Née en 1983 à Saint-Malô, Julie Delporte s’installe en 2005 à Montréal pour y mener des études de journalisme. Elle se plait au Canada, où elle s’engage dans une voie artistique, produisant plusieurs livres chez Colosse (Encore ça en 2008, Le rêve de la catastrophe en 2009 avec Vincent Giard, …). En 2011, paraît son essai sur le phénomène des blog BD, toujours chez Colosse, La bédé-réalité : La bande dessinée autobiographique à l’heure des technologies numériques. Il est suivi d’un livre jeunesse (Je suis un raton laveur, 2013), d’un récit d’une rupture amoureuse, Journal (2014, chez l’éditeur français L’Agrume), puis de deux autres livres cette fois chez le canadien Pow Pow (Je vois des antennes partout, 2015, et Moi aussi je voulais l’emporter, 2017). Durant l’été 2018, elle produit chez Home Made Books, un éditeur belge de la small press, Nous étions béguines, un ouvrage sérigraphié tiré à 300 exemplaires.

Julie DelporteArtiste canadiennne

Catherine Ocelot

Établie à Montréal depuis plusieurs années, Catherine Ocelot est une auteure et dessinatrice originaire de la ville de Québec. Elle débute sa carrière à Radio-Canada comme directrice artistique et designer, et poursuit à son compte comme dessinatrice et motion designer. Cofondatrice de la revue Tristesse, elle voit paraître son troisième livre, La vie d’artiste, aux éditions Mécanique générale en 2018 (édition française attendue à l’automne 2019, chez La Ville Brûle). Dans ses œuvres, Catherine s’intéresse particulièrement à la communication, aux dialogues, et à l’impact qu’ont les autres sur nous. Elle s’amuse à mettre en scène avec un humour mélancolique les aspects merveilleux, précieux et parfois tristes qui tissent nos relations. Elle effectue présentement une résidence de création à la Cinémathèque québécoise, où elle explore notamment l’influence du cinéma sur les spectateurs.

Catherine Ocelot
Portrait de Joe Ollmann par Taien_Ng-Chan

Joe Ollmann par Taien Ng-Chan.

Joe Ollmann est un artiste canadien anglophone, né en 1966 dans une famille ouvrière, à Hamilton, dans l’Ontario, province où il réside encore. Le dessin est une pratique de toujours pour Ollmann, et la bande dessinée une vieille passion. Ses premières parutions remontent aux années quatre-vingt, dans la presse locale. Employé dans une imprimerie, il profite des machines pour auto-éditer Wag!, un fanzine qu’Ollmann produira tout au long des années quatre-vingt-dix et qui fera l’objet d’une compilation sous la forme d’un livre aux éditions Conundrum Press en 2005. Ce titre sera suivi d’une petite dizaine d’autres, publiés par Conundrum Press, Insomniac Press ou encore Drawn & Quarterly. Mid-life, à caractère autobiographique, a été traduit en français par Presque Lune (En quarantaine, 2015).

Joe OllmannAuteur canadien
Portrait de Seth par David Briggs

Portrait par David Briggs

Né en 1962 dans l’Ontario, le dessinateur Seth entretient une amitié ancienne pour la bande dessinée. Parmi ses prédécesseurs, il reconnaît l’influence de Charles Schulz, auteur pour qui il assure la conception graphique et la maquette de l’intégrale des Peanuts (25 volumes édités par Fantagraphics, traduction française en cours chez Dargaud). En revanche, c’est porté par Robert Crumb, Harvey Pekar ou Lynda Barry qu’il s’engage sur la voie autobiographique avec La vie est belle malgré tout (1996) un récit partiellement fictif, initialement paru en épisodes (Palookaville, Drawn & Quarterly), et s’élaborant autour d’une enquête sur un ancien dessinateur du magazine américain The New Yorker. S’il ne persiste pas dans l’autobiographie, Seth poursuit l’élaboration d’une galerie de portraits, largement fictifs, d’anciens dessinateurs avec Wimbledon Green (2005) ou encore La Confrérie des cartoonists du Grand Nord (2011). Lié avec Chester Brown et Joe Matt, Seth est représenté dans leurs travaux tandis qu’il évoque ses conversations avec le premier dans La vie est belle malgré tout.

SethArtiste canadien
Portrait de Siris par Marc Tessier

Siris par Marc Tessier

Siris est un artiste canadien d’expression française, habitant Saint-Jean-de-Richelieu et connu de la scène canadienne depuis plus de trente ans. Canadienne, mais pas seulement, puisqu’il participe à de nombreuses publications underground des deux côtés de l’Atlantique : Krypton, Mac Tin Tac, Sortez la chienne, La Monstrueuse, Baloney, etc. Outre la participation à des revues collectives, Siris produit également des livres : J’ai eu des pensées toutes la journée (Phylactère, 1991) ou plus récemment l’autobiographie Vogue la valise (La Pastèque, 2017). Il travaille actuellement à une biographie du peintre canadien Jean-Philippe Dallaire, avec Marc Tessier au scénario. Un livre également attendu chez La Pastèque.

SirisDessinateur canadien

Nhu-Hoa Nguyen est titulaire d’un doctorat en sémiologie (Université du Québec à Montréal). Elle enseigne la sémiotique visuelle, l’analyse critique et l’histoire de la bande dessinée au sein du programme Bandes dessinée de l’Université du Québec en Outaouais. Ses domaines de recherche comprennent les figures rhétoriques visuelles en général, l’ellipse, ainsi que les études sur la bande dessinée dans lesquelles l’application de la  théorie du signe de Peirce joue un rôle important. Elle a fondé et dirige le CREN-BD, un groupe de recherche sur l’étude de la narration dans la bande dessinée.

Nhu Hoa NguyenUniversitaire, spécialiste de la sémiotique, de l‘analyse critique et de l’histoire de la bande dessinée

Chris Reyns-Chikuma est professeur à l’Université de l’Alberta, dispensant en français des cours sur la culture française (principalement autour de la bande dessinée) et en anglais sur les comics et les mangas. Après une maitrise en études japonaises,  il a terminé un doctorat en études françaises. Depuis 10 ans, il publie sur la bande dessinée, les mangas et les comics dans le cadre des Études culturelles/Cultural Studies, dont un numéro spécial sur la BD canadienne dans la revue CRCL/RCLC Canadian Review of Comparative Literature/Recue Canadienne de littérature comparée.

Chris Reyns-ChikumaUniversitaire, spécialiste de la bande dessinée

Sylvain Rheault est professeur associé à l’Université de Regina (Canada) depuis 1998. Ses recherches sur la bande dessinée touchent toutes les cultures (européenne, asiatique et nord-américaine), et se concentrent aujourd’hui sur la bande dessinée autochtone canadienne. Son article “A Surge of Indigenous Graphic Novels” paraîtra sous peu dans Journal of Graphic Novels and Comics. Il a aussi publié des articles sur les auteurs canadiens Julie Delporte, Guy Delisle et Zviane

Sylvain RheaultUniversitaire, spécialiste de la bande dessinée autochtone canadienne

Benjamin Woo est professeur adjoint de communication et d’études des médias à l’Université Carleton (Ottawa, Canada). Il est également directeur du projet de recherche Comic Cons. Après une thèse de Master intitulée Red and White tights: Representations of National Identity in Canadian Comic Books, il a publié plusieurs ouvrages sur la bande dessinée dont Getting a Life: The Social Worlds of Geek Culture, The Greatest Comic Book of All Time: Symbolic Capital and the Field of American Comic Books (avec Bart Beaty). Avec Stuart R. Poyntz et Jamie Rennie, il a dirigé l’ouvrage collectif Scene Thinking: Cultural Studies from the Scenes Perspective.

Benjamin WooUniversitaire, spécialisé dans la communication et les études médias

SCEBD / CSSC

CSSC SCEBD Logo

La Société Canadienne pour l’Étude de la Bande dessinée (SCEBD) ou, en anglais, CSSC (Canadian Society for the Study of Comics) a été fondée en octobre 2010. Elle est bilingue (anglais/français) et a pour but de rassembler les chercheurs et chercheuses canadien.ne.s ou résidant au Canada, anglophones comme francophones, qui travaillent sur les comics (mais aussi spécifiquement sur les BD, manga et autres traditions culturelles (fumetti, historietas, …). La SCEBD rassemble une soixantaine de membres réguliers lors de sa conférence annuelle, et leur offre des outils de communication et d’échange permanent (listserv, page Facebook, compte Twitter. La SCEBD a tenu sa première conférence en mai 2011 dans le cadre de la New Narrative Conference de l’Université de Toronto. Par la suite, elle a tenu ses conférences suivantes, de 2012 à 2018, pendant le TCAF. La conférence 2019 se déroulera au mois de juin, à Vancouver dans le cadre du Congrès des Humanités et des Sciences humaines.

Quelques livres en provenance du Canada

On trouvera ci-dessous quelques couvertures des ouvrages des auteurs canadiens présents cette année sur le SoBD.

La présence canadienne sur le SoBD 2018 est assurée grâce au soutien du

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et du

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en partenariat avec

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et le gouvernement du

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ainsi qu’avec la

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