La Trans Galerie 2018 : So Hot !

Pour sa troisième année consécutive, la Trans Galerie du SoBD poursuivra ses propositions plastiques, installant les travaux d’artistes contemporains au sein d’un événement consacré à la bande dessinée, persistant de la sorte à rappeler que les disciplines sont poreuses, que les artistes se connaissent, que les œuvres se fécondent les unes les autres. À propos de fécondité, la Trans Galerie du SoBD 2018 renchérira sur les deux éditions précédentes. Après « So Women ! » en 2016 et « So Strange ! » en 2017, l’édition 2018 penchera pour « So Hot ! ». Toujours sous la direction artistique et participative de Corine Borgnet, la Trans Galerie accueillera des œuvres de Rodolphe Baudouin, Tamina Beausoleil, d’Alain Biet, de Mïrka Lugosi et de Muzo.

  • Corine Borgnet, XVoto, Trans Galerie du SoBD
  • Une œuvre de la série des Visibles indéfinis d'Alain Biet
  • Mïrka Lugosi, Ernestine
  • Muzo, une pièce exposée sur la Trans Galerie
  • Tamina Beausoleil, Blaireau, Trans Galerie du SoBD 2018

« So Hot ! » vous propose cette année une nouvelle sélection d’œuvres de plasticiens contemporains, sur une thématique également très pratiquée par les artistes de bande dessinée. L’occasion d’observer les similitudes et les différences entre les approches des un et des autres.

6 artistes invités

Distant du branché à tout prix, Rodolphe Baudouin définit volontiers son travail comme celui d’un artisan hors des modes et des circuits. Son geste créatif toujours fondé sur le sincère, met en lumière la vérité de son humanisme. C’est en ce sens, qu’il est au-devant des questionnements d’une modernité revenue des spéculations froides assistées par ordinateur. Il y a chez ce sculpteur, dessinateur, metteur en installation, une éducation esthétique halée à l’art ludique, ses pièces empruntant aux morphologies des toons, aux  dioramas du modélisme, aux cadrages des planches de la bande dessinée.

Tamina Beausoleil est née en 1971. Depuis une dizaine d’années, elle explore à travers la pratique du dessin et du collage les rapports qu’entretient l’homme avec l’animal, que ce soit dans sa consommation, sa perception corporelle, son imaginaire ou sa représentation du vivant. Elle affectionne particulièrement les planches anatomiques qu’elle mélange à ses dessins. T. Beausoleil participe à de nombreuses expositions collectives à Paris, en province et à l’étranger. Ses « Femmes Sauvages » et ses « Nuages en pantalon » ont fait l’objet de deux interviews par Céline Duchéné sur  France Culture, dans l’émission Mauvais Genres.

Né à Montrichard en 1959, Alain Biet étudie aux Beaux-Arts d’Orléans et obtient un DNSEP en 1982. Il participe et organise de multiples manifestations et expositions en France, Italie, Belgique. Membre de divers collectifs (Oulan Bator, Le God, Le Musée de l’Objet et d’autres), il enseigne successivement aux Beaux-arts d’Orléans puis à l’école des Beaux-arts de Blois. 

Artiste polymorphe, Alain Biet est tour à tour sculpteur, dessinateur, photographe, musicien, réalisateur de films. À travers ses différentes séries (« Migrations », « Hublots », « Sténopodes », « Charnières », « petits Canons », « Grands Canons », etc.), il s’intéresse aux notions de proliférations, de zapping, de déplacements ou encore de classements. Ces mondes constitués d’une quantité importantes d’objets, de dessins (encyclopédies, catalogues, jouets …), impliquent un questionnement sur les limites et l’objectivité du visible et ses relations au vivant.

Artiste plasticienne, Corine Borgnet vit et travaille à Paris. Depuis 2002, elle développe un travail protéiforme, tant techniquement que symboliquement, privilégiant trois thèmes principaux qui s’entremêlent et s’entrechoquent : l’enfance (The Young), le monde du travail (Office Art) et l’absurde (Cabinet de curiosité). Ils fusionnent dans la série récente Duels. Son adage, une formule d’Alphonse Allais : « Ne nous prenons pas au sérieux, il n’y aura aucun survivant ». Ses œuvres sont présentées dans des expositions personnelles et collectives, en France comme à l’étranger.

Artiste plasticienne, Mïrka Lugosi développe depuis les années 80, un univers qui trouve ses racines dans le flux ambiguë des pensées inconscientes, le jeux des formes pures, la collection d’images, les livres de science, la musique électronique… Cette matière imaginaire est domestiquée par un dessin au traitement précieux, il nous invite à une observation méditative. La photographie, la vidéo lui permettent de s’impliquer physiquement dans le « personnage Mïrka », Ce jeu exalte et alimente son désir de transfigurer la complexité des pulsions, des sentiments parfois contradictoires.

Muzo a commencé à publier ses dessins et bandes-dessinées au début des années quatre-vingt dans Hara Kiri, Métal Hurlant, Actuel…. Parallèlement, il peint et sa première exposition personnelle a lieu en 1983 à la Galerie Travers à Paris. Il expose en 1985 à Ero 85, Salon de l’érotisme. En 2002 parait Les hommes et les femmes, chez Buchet-Chastel, important recueil de dessins. On écrira à son sujet dans Libération : « Muzo, obsédé sexuel et bon père de famille ». Il est d’ailleurs l auteur de nombreux livres pour enfants.

Œuvres présentées (parmi d’autres)

La Trans Galerie

« Petite, je transgressais. Au kiosque de la gare, d’où partaient les transports de troufions, j’achetais les petits formats, ces BD de poche au goût sulfureux. Zembla, Pif et compagnie. Je rentrais chez moi, transie par l’appréhension, mais déjà en transe dans l’attente du plaisir de la lecture. Une lecture rapide, fébrile, transitoire. Ce désir transgressif ne m’a pas quitté, mais c’est sous d’autres formes qu’il me transfigure. Transmuons ces formes, transfusons la charge de l’une dans l’autre puisque l’une et l’autre ont fait la même vie. Puis transmettons tout ça. »

Ce témoignage d’une artiste plasticienne, dont, de prime abord, le travail n’évoque en rien la bande dessinée, nous a conduits à élaborer au sein même du SoBD, le salon de la bande dessinée au cœur de Paris, un espace transgenre. Nous y accueillerons les transfuges, ces artistes contemporains, travaillant la surface comme le volume, le fixe comme le mouvement, le temps d’une brève incursion sur un autre territoire.

Aux amoureux de la bande dessinée, nous offrirons le spectacle certainement déroutant de transmigrations évanescentes, c’est-à-dire dire d’œuvres transperçant les murs bâtis autour des disciplines.

Renaud Chavanne, fondateur du SoBD
Corine Borgnet, artiste plasticienne